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dimanche 23 octobre 2016

Coopération entre praticiens: pour une nouvelle dialectique en santé au travail.

Il y a quelques mois, le site Souffrance et travail publiait l'extrait d'un échange entre Jean Jaurès et Georges Clemenceau ayant eu lieu à la chambre des députés en juin 1906 (1). Son discours, suivi d'une joute oratoire entre les deux hommes, constitue un éclairage d'une actualité remarquable s'agissant du rapport entre ouvriers et dirigeants.

Parfois, la pensée politique s'enlise dans l'obstination à éviter toute élaboration ou transformation des tensions, produisant in fine, de la discorde sociale. L'éloquence de Jean Jaurès rend songeur. Sa rhétorique passionnée, sa capacité à décrire la souffrance des ouvriers et l'invisibilité de la violence qui leur est faite à travers les décisions injustes et aliénantes de leurs dirigeants, introduit le thème du visible et de l'invisible, mais également celui de la conception d'un lieu de débat, de délibération. Nous avions évoqué l'importance du lieu de coopération lors d'un précédent article et introduisons aujourd'hui la question du débat hors du lieu de travail, entre praticiens.
Yeux, Personne, Visage, PersonnesL'individu:unique,singulier,"Sujet".                                                                                             
Les penseurs modernes du travail tels que Chrisotphe Dejours, Yves Clos, Guy Jobert ou Alex Honneth qui décrivent la  dégradation de l’individu soumis aux nouveaux systèmes de travail gestionnaires nous ont appris par l'enquête de terrain, des analyses longitudinales, des recherches sérieuses et rigoureuses, que le rapport qui est entretenu avec le travail est riche et complexe. Parfois passionné, ambivalent, irrationnel, il ne répond, si on s'attache à l'analyser, à aucun ordre, aucune loi, ne serait-ce celle de la subjectivité du sujet et celle de l' investissement psychique dans des "objets", des espaces d'expression de soi (dont le travail) qui engagent bien entendu le corps dans son entier. Cette complexité noue et dénoue des liens qui sont autant de mouvements qui viennent questionner et forger notre identité personnelle et professionnelle.

La question de la subjectivité, tellement ignorée et mis à mal par de nombreux praticiens, est un cas d'école pour illustrer le fossé qui sépare les tenants de la clinique du travail, de ces mêmes praticiens qui se réfèrent peu à cette donnée et plus aux normes statistiques (nosographiques).
 Le problème est, qu'à force de ne plus s'entendre sur le champs sémantique, à force de ne plus parler la même langue, ce sont les patients qui se retrouvent au milieu du fossé, dépourvus et fragilisés.

Praticiens en santé au travail : créer des passerelles :

New York, Pont, Brooklyn, Manhattan Il existe cependant des voies possibles pour subvertir cette souffrance partagée par les praticiens à ne pas pouvoir travailler ensemble. La solution pourrait résider dans la coopération en innovant de nouvelles "voix" d'expression.
 Y a t-il un moyen de créer un espace d'échanges qui pourrait restituer la force symbolique de la métaphore ou d'une évocation poétique,(transcendant les querelles théoriques) soulignant les contradictions (rhétoriques) du réel pour les dépasser, telle une nouvelle dialectique?

Peut être que le dépassement de la règle prescrite (loin du réel) et sclérosante (n'offrant aucune piste de transformation, de création) pourrait être une solution, pour que médecins traitant; médecins du travail, médecins conseil, psychologues et/ou psychiatres puissent à nouveau, pour la restauration et le rétablissement des personnes dans leur intégrité psychique et physique, "s'entendre".
De cette manière, c'est la contribution à une œuvre humaine commune qui serait l'enjeu et non plus l'application aveugle des injonctions  souvent en retard et en décalage avec  les mouvements du réel et l'évolution de la société du travail.

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