Pages

mercredi 7 octobre 2015

Souffrance au travail : "l'agir communicationnel"

Parmi les indicateurs et marqueurs objectifs de souffrance au travail, les études réalisées répertorient  entre autre, la dégradation des rapports sociaux dans lesquels on retrouve la relation à la hiérarchie, aux collègues, aux usagers. Associés à un conflit de valeurs (conflit éthique, qualité empêchée) et à l'absence d'espace de coopération, ces éléments réunis  peuvent dans certains cas aboutir à la  création d'une situation d'isolement professionnel. Différents ressorts peuvent alors être  à l’œuvre, comme les mécanismes de défenses, que nous avons évoqués lors d'un précédent article. Manifestations inconscientes du sujet lui permettant de préserver son intégrité psychique contre une agression réelle ou symbolique, ces mécanismes  opèrent lorsque le sujet a échoué à transformer la souffrance générée par les contraintes de l'organisation du travail par la ruse, l'imagination ou encore la sublimation, offrant dans ce dernier cas à la souffrance, un destin socialement valorisé.

 Pascale Molinier précise que "les défenses n’agissent pas sur le monde réel en particulier,
elles ne transforment pas les risques ou les contraintes. Les défenses agissent par des moyens symboliques: occultation, euphémisation, évitement, rationalisation, entre autres, qui modifient les affects, les pensées et les états mentaux". Leurres, miroirs déformants ou  filtres protecteurs, ils modifient  en tout cas le rapport au sensible, au réel, et parfois entravent la libération de la parole pour exprimer la souffrance et imprimer un mouvement d'émancipation, de lutte contre l'aliénation .
En venir aux mots.
C’est lorsque le travailleur ne peut plus, ni créer à partir de sa souffrance, ni parvenir à l’oublier ou à s’en distraire grâce à des défenses, que celle-ci devient pathogène. La souffrance désigne ainsi des états qui font partie de la normalité, au point que l’on puisse parler de «normalité souffrante» (Dejours, Molinier, 1994). 
La subversion et la mise en mots sont fondamentales. L'agir communicationnel (Habermas) est la voie royale vers l’élaboration constructrice de sens pour le sujet. Par conséquent, pour renverser la situation afin de lui redonner du sens, la création d'un espace de délibération, de coopération, de réflexion peut être un outil facilitant la formulation de problématiques et le cas échéant de pistes de solution.
L’accent est porté sur la capacité à donner un sens à la situation, à se défendre de la souffrance et à conjurer la maladie en mobilisant les ressources individuelles de l’intelligence et de la personnalité, mais aussi celles de la coopération et du collectif. 
Parce que la maladie assoit son pouvoir morbide dans la solitude, redéfinir les conditions des échanges (horizontales, verticales)  où la question du travail et de sa réalisation serait centrale, constitue une étape du processus de restauration du sens et de l'équilibre du système. Un rempart possible contre la banalisation du mal au sein d'un groupe de travail. 
Source :Pascale Molinier; Anne Flottes : les approches en cliniques du travail en France

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire