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mardi 20 janvier 2015

Aliénation au travail, les chaînes invisibles.

La société du travail telle que nous l'avons décrite dans les précédents articles, peut-elle nous renseigner et produire de la connaissance nouvelle sur les rapports sociaux au sein de la cité?

Nous faisions les constats suivants: destruction des solidarités, clivage entre catégories socioprofessionnelles, organisation de la solitude au travail et effacement du soutien social par la suppression des espaces d'échanges et de coopérations.
Comme le dit Philippe Daveziès "..au cœur de leur activité, les salariés affrontent, de la façon la plus concrète, des questions politiques centrales de nos sociétés, celles qui concernent la tension entre les normes sociales et les normes du marché..."

Les règles de métiers comme les règles du vivre ensemble, semblent s'effriter, elles paraissent même nous échapper et se dérober sous le poids des lieux communs et de slogans distillés ici et là pour nous rendre intelligible le phénomène : "la crise est responsable" et finalement "l'histoire nous apprend que l'homme s'est toujours adapté aux changements"... infaillible.

Pour  David LE BRETON sociologue, certaines passions (que l'on distinguera de la raison) servent à relégitimer notre propre existence en faisant l'expérience de l’extrême. Se laisser tenter par ce que Spinoza appelle les passions tristes serait une alternative pour l'individu en mal de reconnaissance sociale.
Il nous faudrait nous arracher à ces  passions tristes comme l'envie, le mépris, la haine ou la colère nous dit l'auteur. La société du travail au même titre que la société civile organisent elles les conditions d'une impossible concorde sociale?
Qu'est-ce que faire preuve de courage? Nous conformer à la règle ou résister?
Le courage est le remède à la servitude pour Spinoza,  le courage est la force d'âme. Selon l'auteur, l'individu démocratique, comme il n'a plus sa place attitrée dans la société, doit la conquérir et a besoin du regard d'autrui pour légitimer, donner un sens à sa vie. Le statut social et le travail revêtent un rôle prépondérant lorsqu’il s'agit du regard des autres: briller en société ou plutôt exister dans le système de valeurs érigé par la société.

Pour gagner la sphère des passions joyeuses qui relèvent de la puissance, du courage, Spinoza nous invite à trouver  la force, le désir de penser et d'agir. Comment passe t-on des passions joyeuses aux passions tristes? Notre philosophe pense qu'il est possible de se forger des idées adéquates, non pas de la vérité mais de  la réalité des choses singulières. Nous pourrions prendre l'exemple de certaines situations de travail qui ,comme nous avons pu l'évoquer, permettent de se forger des outils adéquates de pensée, pour ne  pas se tromper sur la réalité de ce que nous pensons être.
Alors, la pensée transforme, elle transforme le monde par l’intermédiaire du corps, elle transforme le corps par son agir  sur le monde.
Au 19e siècle Hegel, dans son texte dialectique du maître et de l'esclave, avance que l'esclave transforme le monde et que le maître est étranger et passif dans ce processus de transformation. L'esclave a t-il conscience d'être esclave?  Qu'en est-il du 21e siècle et de l'esclavage post-moderne? L'esclave est-il prisonnier des chaînes invisibles qu'il a contribué à forger?
Pour Spinoza, le pouvoir politique est illusion d'un objet de conquête et  de possession possible.  L'illustration des hommes politiques est une contradiction dynamique entre la problématique rationnelle des gouvernants de la cité et les rapport de forces qui s'agitent en son sein.
Notre ère manquerait de philosophes pour penser le travail et la société du travail comme miroir d’une société civile en déflagration permanente, en perte d'unité, en morcèlement.
Un argumentaire pour nous éclairer sur cette amputation d'agir : La consommation et la propriété peut être? Mais la prise de conscience relève-t-elle uniquement de l'éthique personnel? Est-ce que l'éthique s'éduque?
Comment se donner une chance de façonner des outils de compréhension du monde, pour le lire, pour le décrypter?   Est-ce que la culture a un rôle à jouer? Les cagoteries sociales se radicalisent, se replient et le nouveau monde ne respectent pas ses promesses. Promesses d'accroissement de richesses. Mais de quelles richesses parlent-on? Un détour vers notre patrimoine culturel musical et revient, telle une évidence et  de manière lancinante, cette chanson d‘Alain Souchon Foule sentimentale.
Dans notre société civilisée, occidentale, peut-être, reste-il à mieux définir les valeurs de ce siècle, pour mieux les saisir, les assumer ou les réfuter. Car par déclinaison, ces valeurs conditionnent  les liens sociaux au travail et notre  rapport subjectif au travail. Pour le meilleur, quand il nous permet de nous émanciper, de construire notre place dans la société, d'être reconnu ou, pour le pire, quand le travail est vide de sens,  qu'il contraint nos corps et appauvrit notre fonctionnement mental "quand il nous confronte dans une rencontre explosive avec la zone aveugle de notre histoire infantile" (Marie PEZE).

Bibliographie :

David Le Breton, sociologue, est professeur à l'Université Marc-Bloch de Strasbourg et membre du Laboratoire «Cultures et sociétés en Europe» (URA-CNRS). Il est l'auteur de Passions du risque, Anthropologie de la douleur, L'Adieu au corps, Éloge de la marche
 Baruch SPINOZATraité Théologico-politique (1670); Ethique (1677).
Philippe DAVEZIES : "Pourquoi faut-il parler du travail" in  revue "Santé et travail"n°86.
Marie PEZE : Je suis debout bien que blessée. Josette Lyon (2014).

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