Pages

vendredi 22 novembre 2013

Travail et santé mentale : le biologique et le social.

Nous l'avons dit, celui qui sombre dans la maladie psychique est seul,ou plutôt il éprouve le mal dans la solitude et, contrairement aux lieux communs et autres interprétations psychologisantes, nous pensons que les raisons de son mal ne résident pas dans son hypothétique fragilité, qualificatif souvent avancé pour les désigner, schématisant le phénomène (le ramenant à l'antique opposition fort/faible) en le dénaturant.
Cette distinction, cette dialectique du fort et du faible ne tient pas. Pourquoi? De nombreux arguments pourraient être opposés à cette allégation, par exemple : ceux qui sombrent  ont été souvent les plus forts, les plus adaptables, les plus dévoués, les plus engagés.

Au départ on trouve dans son travail un formidable et puissant vecteur de construction identitaire, on se reconnaît dans les valeurs, les missions, les objectifs fixés et le collectif représente une communauté de personnes avec qui nous cultivons ce terreau commun. Le rapport subjectif au travail impulse un double mouvement, celui de la reconnaissance dans la communauté et celui de l'accroissement de la singularité, car  notre activité nous permet d'entretenir un rapport d'exclusivité avec l'objet même de notre travail. Identification, ou édification de l'identité, cette capacité d'agir sur le monde par le travail, de le transformer conduit également à nous  transformer. On l'a dit le travail est plein de promesse.

Lorsqu'on  investit le travail, psychiquement, et que l'objet même de cet investissement, sa substance, son essence se retire, qu'il ne prend plus corps, il y a désorganisation. Les investissements sont "ballants" sans contenant, sans point d’achoppement. Le capital s'effondrant, c'est l'économie psychique qui s'écroule. Allons plus loin et avançons que celles et ceux dont on dit :"ils ont lâché", "ils ont cédé" n'ont justement pas renoncé; pas renoncé à  ce qui fait sens, ce qui fait résonance au quotidien et qui édifie ce qui est notre vie, le travail vivant.
La santé n'est pas donnée biologiquement mais socialement. Alors qui est malade, qui ne l'est pas? Quand entre-t-on dans la maladie? Dans son rapport au monde chacun a développé ses propres mécanismes de défense, que dire de ceux qui ne laissent rien paraître, ceux pour qui le mal s'exprime dans l'invisibilité, ceux qui tiennent socialement, qui tiennent la vitrine de leur vie à bout de bras? Certains évolueraient  à côté de celui ou celles qu'ils ont été, à distance de ce qu'ils souhaiteraient intimement être. Formuler l’hypothèse du renoncement, de l'aveuglement pourraient être une piste pour expliquer la capacité de celles et ceux qui tiennent, malgré le chaos généré par l'organisation  du travail pathogène, là où ceux qui tombent malades tiennent, en ne renonçant pas à leurs valeurs, leur éthique,  leurs principes, leur culture de métier, leur vision du monde.
Nous reviendrons prochainement  sur la formule célèbre d'Anna ARENDT , "la banalisation du mal", lorsqu'il s'agira d'évoquer l'attitude, le comportement de l'autre, témoin sous influence de ces drames du quotidien.
Pour en sortir, pour penser les solutions qui permettent de lutter contre l'aliénation, comprendre le chemin causal et s'émanciper, il s'agit de faire parler ce qui se tait dans la subjectivité du sujet. Pour y arriver, il n'y a pas de méthodes, de solutions ou d'outils miracles. Freud parlait de KULTURE pour qualifier dans un même temps culture et  civilisation. 
Christophe DEJOURS pour qualifier la civilisation évoque notre contribution "à l'évolution du vivre ensemble, ce qui fait évoluer la cité". et  Michel HENRY pour qui la culture est "ce dans quoi sédimentent les œuvres humaines pour honorer la vie", expriment tout deux de belle manière les moyens de s'en sortir. Culture et civilisation pour résister à  la barbarie, car la santé se conquiert de haute lutte.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire